dimanche 19 mars 2017

De M.

Je m'aperçois que je n'ai pas parlé de M. 
C'était il y a une bonne semaine. P. m'emmenait au restaurant pour une flammekueche. Voyant que nous ne suivions pas l'itinéraire normal,  il me rassura en me disant qu'on  allait chercher une vieille dame à qui ça ferait plaisir de sortir. Parfait, répondis-je. "Elle a quel âge cette dame? Je pense dans les 92 ans, mais tu verras, elle est encore très alerte et vit seule."
Effectivement arriva une petite dame toute pimpante, à la touffe de cheveux noirs impressionnante, genre coiffure de Sheila dans les années 60, avec toutefois une mèche blanche. Elle s'installa dans la voiture et nous commençâmes à bavarder tout en roulant..

Arrivée au restaurant, elle nous a fait part de sa joie de se retrouver en ce lieu, au milieu des bruits de la vie, et de surcroît, ajouta-t-elle malicieusement, accompagnée de deux jeunes gens qu'elle allait pouvoir draguer discrètement. J'ai trouvé que c'etait un bon départ et la conversation roula allègrement sur divers sujets. Je m'enquis à un moment de son âge exact pour apprendre qu'elle est plus vieille que mon père de quinze jours, ce qui veut dire qu'elle aura 97 ans dans peu de temps. Mais alors que mon père quitte le monde peu à peu, perdant la mémoire, elle, elle en fait toujours partie, parlant certes abondement de sa mort prochaine et de son souhait que ses cendres soient dispersées dans la rivière où elle a déjà éparpillé celles de son mari qu'elle adorait, mais abordant aussi des parties de sa vie aussi riches qu'étonnantes, vu le milieu social auquel elle appartenait ( père ambassadeur, mari avocat), dans lequel elle a dû passer parfois pour une sorte de météore imprévisible et incontrôlable.

J'étais scotché, fasciné, et j'ai pris là une leçon de jeunesse et d'optimisme. Je nageais dans des histoires qui ressemblaient beaucoup à celles que mon père m'avait contées,  vues forcément sous un autre angle, mais qui, en particulier, décrivaient la même guerre de 1940 qu'ils ont vécue, l'un comme l'autre, alors qu'il venaient tout juste d'avoir 20 ans. 

Elle nous raconta entre autres son engagement dans la résistance, pour lequelle elle fut médaillée, et son séjour dans un camp en Bourgogne où elle succomba ( à ce que j'ai cru comprendre ) au charme d'un ou de plusieurs soldats sénégalais qui y étaient enfermés comme elle..

Oh la la, nous dit-elle avec nostalgie, j'ai fait beaucoup de bêtises quand j'étais jeune !  pour ajouter aussitôt, "mais il faut les faire..!"

Quand elle fut reconduite chez elle, j'ai dit à P. que cette dame m'avait insufflé quelques mois de tonus et de peps, et qu'elle devait doper tout son entourage par sa vitalité, son goût de vivre, son ouverture d'esprit. J'ai ajouté que je serais ravi de la revoir bientôt...



Tampon en bois et laiton pour impression sur tissus. Usine des Vosges

2 commentaires:

  1. belle histoire
    merci de l'avoir partagée

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  2. Je crois qu'il faut qu'on organise des stages avec elle !! :)

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