Pour avoir "ramassé" quelques cadavres déchiquetés ( les morceaux, l'odeur, les mouches, les oiseaux qui viennent picorer les restes...) au cours de ma vie professionnelle j'imagine avec effroi le charnier de milliers de morts sous la chaleur des tropiques: spectacle dantesque, remugles suffocants, décomposition des chairs, et que dire de tous ces blessés laissés sans soins?.. Dans ce pays, où certains mangent des galettes d'argile pour calmer leur faim, je me demande avec quels moyens les survivants vont pouvoir faire face à la situation: catastrophe sanitaire annoncée, pays entièrement à reconstruire... L'aide internationale ne sera qu'une goutte d'eau dans un océan de désespoir...
Dans le cadre de cette aide,
Besson a annoncé qu'il arrêtait les expulsions vers Haïti. Il aurait pu les arrêter sans l'annoncer mais j'imagine qu'il fallait qu'il le fasse savoir par un communiqué officiel du "ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire" : dérisoire Besson, on est l'immonde qu'on peut!
Une messe sera dite ce soir à Paris pour les victimes: quel Dieu va être invoqué? Le créateur, le destructeur, l'implacable, le compassionnel. Je suppute que le produit de la quête sera reversé aux sinistrés. L'évêché le fera-t-il savoir?
J'ai relu
le poème sur le désastre de Lisbonne de Voltaire:
"...Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,
Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,
Direz-vous: "C'est l'effet des éternelles lois
Qui d'un Dieu libre et bon nécessitent le choix"?
Direz-vous, en voyant cet amas de victimes:
"Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes"?
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants
Sur le sein maternel écrasés et sanglants?..."
