samedi 14 janvier 2006

Retour

Retour six ans en arrière en l'an 2000...


"Le vendredi 14 janvier fut assez tranquille. Le boulot suivait son petit bonhomme de chemin, et mis à part les dégâts des toits suite à la tempête, nous étions dans une période d’accalmie, d’autant qu'on devait attendre pour faire les réparations , faute de couvreur disponible.


Au sauna, où je fis mon traditionnel passage, j’eus une assez longue conversation avec C. V. , peintre réputé, inscrit au Bénézit depuis bien longtemps et qui venait là pour récolter quelque plaisir. Le voyant s’avancer vers moi je l’ai salué d’un « bonjour maître » auquel il répondit par un « bonjour maître ». J’ai trouvé qu’il était fort aimable de me donner ainsi du maître car , comme j’exposais très peu et très rarement il était pratiquement impossible qu’il connût ma peinture. Il me demanda ensuite si je peignais en ce moment et je dus bien avouer que je n’avais rient fait depuis bien avant Noël. Mon dernier tableau était un portrait de L., dont l’esquisse trônait toujours sur le chevalet dans l’attente de coups de pinceau supplémentaires. Cette toile allait certainement rester en l’état car, comme le portrait de Mozart par son beau-frère, ou bien le portrait inachevé de Bonaparte par David, cette esquisse que j’avais enlevée en quelques minutes s’approchait suffisamment de la vérité du personnage, telle que je la ressentais, pour que j’en reste là.


Pour développer le chapitre des portraits, je dis à C. V. que j’avais beaucoup de difficultés à trouver des modèles et que pour la toile que j’envisageais de faire maintenant ils m’en fallait deux en même temps. J’avais d’ailleurs entrepris des négociations avec F. et P., mais qui n’aboutissaient pas, car il fallait trouver le moment de les réunir chez moi en même temps, de régler la scène comme je l’entendais avec la lumière qui convenait et de prendre autant de clichés photographiques que nécessaire pour qu’ils n’aient pas à revenir une autre fois. C. V me dit qu’on trouvait toujours des modèles. Mais je lui répondis que mon champ de contraintes imposait que mes modèles soient gratuits. « Ah !, me répondit il, dans ce cas ! ». Il se tut quelques instants et me dit : « il n’y a qu’à peindre de mémoire ». Je dus lui avouer que j’étais incapable de peindre de mémoire et je devais voir le sujet que je couchais sur la toile, même si pour pallier les séances de pose répétitives je travaillais souvent d’après des photographies. Pour le taquiner, je lui fis remarquer qu’il n’avait pas ce genre de problème étant un peintre totalement abstrait. Il me répondit qu’il était un peintre de la sensibilité et de l’instinct, traduisant en toute sincérité ses impressions du moment . Ses peintures subtiles et sensuelles , quelquefois finement ciselées en petites touches presque méticuleuses traduisaient le soin et la tranquillité qu’il mettait à faire partager la complexité et la délicatesse de ses sentiments. J’en avais vu quelques-uns unes chez lui lors d’une porte ouverte et chez un ami qui avait pu s’en offrir . C. V. replongea dans ses pensées, et me dit qu’il était dans les vapes. Je lui répondis que c’était bien naturel car on l’était toujours un peu en sortant du sauna. « Non, me fit il remarquer, je me suis trompé de médicament . J’ai confondu les boîtes, et, ajouta t il avec le sourire, il n’y a plus rien à faire : je dois somnoler…. » . Il me fournit ensuite toutes les explications sur son accident, le mal de dos qui en résultait et les soucis que ça lui engendrait . Je ne pus que répondre que la seule solution qui s’offrait à lui c’était de maigrir pour décharger sa colonne vertébrale de tout poids inutile. Son goût pour les pâtisseries et les petits gâteaux que lui faisaient connaître toutes les délicieuse étapes des meilleurs salons de thé qu’il ne manquait pas de visiter au cours de ses longues promenades à pied l’empêcha de se plaindre davantage et il me répondit : « oui, bon ! je n'ai pas si mal que ça ! ».


Le soir, comme il l’avait annoncé, F2 passa me voir. Nous eûmes une longue conversation animée au restaurant autour d’un tarte flambée avec plein de choses à nous dire car notre dernière rencontre remontait bien, bien avant Noël....".."



Nous rentrâmes après nous être chamaillés sur le sujet des percings : était-ce supportable, devait on admettre cette nouvelle mode, pouvait-on confier des responsabilités à une personne qui était trouée de toute part en n’importe quel endroit ? Sa rigidité, toute alsacienne et protestante, se braquait sur ces pratiques qu’il ne tolérait pas, comme il ne se tolérait pas à lui-même le moindre échec, le moindre renoncement aux idéaux de son enfance, le moindre renoncement à l’image qu’il se faisait de lui-même. J'étais toujours étonné qu’il ait glissé si aisément vers l’homosexualité, en acceptant petit à petit toutes ces pratiques si hors du commun, les appréciant même si j’en crois les moments qui suivirent le repas. Il repartit vers le nord de l’Alsace, où il habitait, après que la messe fût dite…."



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