jeudi 1 mars 2012

Un autre deuil....

J'arrive à un âge où il va me falloir enterrer des proches en attendant de participer à mes propres funérailles. C'est un cousin qui m'a fait venir en région parisienne aujourd'hui. On peut dire ce qu'on voudra, mais je n'ai revu la famille ces derniers temps qu'au moment des obsèques de ma mère où il était venu, et des siennes , puisque je lui ai rendu la politesse, si je puis dire, cet après-midi.
Mon frère, que j'avais rejoint gare du Nord, avait voulu le revoir avant la fermeture du cercueil, mais l'homme souriant que j'avais croisé il y a deux ans s'était transformé en une figure cireuse gonflée par la cortisone qu'il avait absorbée en vain. J'aurais dû éviter, on ne pouvait pas s'imaginer qu'il s'agissait de la même personne....
Belle messe avec 5 officiants, puisque cette partie de ma famille est restée très traditionaliste, très croyante et que ce cousin était très apprécié: la moitié de l'assistance n'avait pu trouver de place dans l'église et avait dû rester dehors.
Quand les rituels furent tous accomplis, la famille s'est retrouvée autour d'une petite collation. J'ai fait la connaissance de nombreux parents que je n'avais jamais vus, revu l'ancienne organiste du village de mon enfance, ce qui a ravivé nombre de souvenirs puisque j'avais été successivement enfant de chœur et membre de la chorale, entendu que j'avais toujours le même regard que quand j'étais petit et que c'était à cela qu'on m'avait reconnu, ce qui est une remarquable fidélité à soi-même, demandé des nouvelles des uns et des autres tandis que j'en donnais des miens, pris des engagements de se revoir, mais dans d'autres circonstances, tout plongé que j'étais dans l'étrange tendresse qui s'emparent des gens quand ils partagent une souffrance et évoquent les liens qui les unissent.

Voilà. Je rentre demain au Sanctuaire. Cet enterrement va être certainement l'occasion de méditer sur le temps qui me reste. En tout cas ce fut une journée riche en émotions, mais, tandis que ma cousine s'interrogeait devant moi à voix haute sur ses doutes métaphysiques, vu le sort que le destin avait réservé à son frère dont la mort fut particulièrement dure et cruelle, en espérant peut-être que je lui dirai ce en quoi crois ou je ne crois pas, j'ai préféré ne pas lui donner la réponse que j'avais trouvée à toutes ces questions après y avoir pensé pendant plusieurs années et qui est définitivement pour moi qu'il n'y a pas de réponse: la réponse, c'est qu'il n'y a pas de réponse....

1 commentaire:

  1. Pas de réponse est une réponse très respectable. Dans ma vie, la réponse (hypothétique) a changé d'étape en étape. Par exemple, dans les années 1980 où j'ai perdu les hommes qui formaient ma famille d'élection, jeunes ou dans la force de l'âge, l'idée de leur retour ultérieur sur cette terre m'a apporté un peu de consolation. Je n'espérais par les revoir, mais la disparition (sida, meurtre, suicide) de types d'une grande valeur représentait à mes yeux un tel gaspillage, une perte pour la société, que leur renaissance s'imposait... Depuis, j'ai vu, comme toi, les cadavres cireux, grimés d'un amoureux et d'un jeune neveu; ils me disaient: la mort est l'étape ultime. Mais je vais bientôt entreprendre des études, sur deux ans, qui me permettront d'examiner encore une autre possibilité que celles proposées par le christianisme ou la métempsychose...

    RépondreSupprimer